—extrait du Bulletin Epidemiologique de l'OPS. Edition complète du No. 3, Vol. 21 (septembre 2000) disponible en anglais et en espagnol

Définitions de cas:
Brucellose, Charbon et Rage


Brucellose (humaine)

Justification de la surveillance
La brucellose est une des zoonoses les plus répandues ; elle se transmet par contact direct entre divers animaux (bovins, moutons, chèvres, porcs, chameaux ou buffles) et le sang, le placenta, le fœtus ou les sécrétions utérines, ou par la consommation de produits contaminés crus d'origine animale (en particulier le lait et les produits laitiers). La brucellose humaine à Brucella melitensis a de graves conséquences en santé publique dans les zones où l'on élève ovins et caprins. A l'échelle mondiale, la brucellose a un impact important sur la santé humaine et l'industrie animale. Il s'agit d'une maladie à déclaration obligatoire dans la plupart des pays. Les mesures de lutte reposent sur la prévention des facteurs de risques; la surveillance est un élément clef pour gérer les programmes de prévention et de lutte.

Définition de cas recommandée
Description clinique
Maladie se caractérisant par un début brutal ou insidieux, une fièvre continue, intermittente ou irrégulière de durée variable, des sueurs profuses, notamment la nuit, de la fatigue, une anorexie, une perte de poids, des céphalées, des arthralgies et des douleurs généralisées. Des infections localisées peuvent survenir dans divers organes.

Critères de laboratoire pour le diagnostic
· isolement de Brucella spp. à partir d’un échantillon clinique ou
· titre d’agglutination, par exemple séro-agglutination de Wright en tube : SAT>160 dans au moins un échantillon de sérum obtenu après le début des symptômes ou · ELISA (IgA, IgG, IgM), test au 2-mercaptoéthanol, réaction de fixation du complément, test de Coombs, immunofluorescence, essai radioimmunologique pour détecter les anticorps antilipopolysaccharides ; contre-immunoélectrophorèse.

Classification des cas
Suspect
: Cas compatible avec la description clinique et un lien épidémiologique avec des cas suspects ou confirmés chez l’animal ou des produits contaminés d’origine animale.
Probable : Cas suspect ayant une réaction positive à l’épreuve au rose Bengale.
Confirmé : Cas suspect ou probable confirmé par le laboratoire.

Surveillance recommandée
Surveillance systématique, notamment pour les groupes à haut risque (fermiers, bergers, personnel des abattoirs, bouchers, vétérinaires, personnel de laboratoire...). Déclaration immédiate obligatoire des cas par les personnes assurant des soins de santé ou les laboratoires auprès du niveau supérieur de la santé publique ainsi qu'au niveau approprié du secteur de la santé vétérinaire. Si, dans les pays d'endémie, il n’est pas possible d'enquêter sur tous les cas signalés, il conviendra d’enquêter sur une proportion représentative de ces cas.

Minimum d'informations à recueillir
Données relatives aux cas pour l'enquête et la notification
· classification du cas (suspect/ probable/ confirmé)
· code d'identification unique, âge, sexe, informations géographiques et profession
· date du début de la maladie, date de la notification
· anamnèse de l'exposition
· issue

Données relatives aux flambées épidemiques
· nombre de cas dans chaque catégorie (suspect/ probable/ confirmé), age, sexe, zone géographique, profession, date de la notification

Données cumulatives
· nombre de cas dans chaque catégorie (suspect/ probable/ confirmé), âge, sexe, zone géographique, profession

Principales utilisations des données dans le processus décisionnel
Données de surveillance
· estimer l'ampleur du problème chez l'homme et l'animal
· suivre la répartition de l'infection chez l'homme et l'animal
· contrôler et évaluer l'impact des actions de prévention chez l'homme et celui des mesures de lutte/ élimination chez l'animal.

Données d’enquête
· identifier les populations à risque
· identifier les produits d'origine animale potentiellement contaminés
· identifier les sources animales potentiellement contaminées (troupeaux de gros et de petit bétail).

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Charbon (humain)

Justification de la surveillance
Zoonose répandue transmise aux êtres humains à partir des animaux domestiques (bovins, moutons, chèvres, buffles, porcs, etc.) par contact direct ou par l'intermédiaire de produits d'origine animale. Le charbon humain pose un problème sérieux dans plusieurs pays et il existe un risque potentiel de flambées épidémiques explosives, notamment pour la forme intestinale. Les infections pulmonaires par inhalation ressortissent surtout aux maladies professionnelles, mais il ne faut pas oublier la menace que peut poser le charbon dans la guerre bactériologique. Le risque posé par la maladie affecte sérieusement le marché des produits animaux. La lutte contre le charbon est fondée sur la prévention chez le bétail : les programmes restreints à l’espèce humaine sont coûteux et auront peu d’effet sauf en cas de risques professionnels. Dans ce dernier cas, on dispose d'un vaccin efficace pour l'homme. On dispose aussi d’un vaccin pour le bétail, en particulier pour les troupeaux exposés de façon constante à des sols contaminés. Le charbon est dans la plupart des pays une maladie à déclaration obligatoire. La surveillance est importante pour contrôler les programmes de lutte et détecter les flambées.

Definition de cas recommandée
Description clinique
Maladie d’installation brutale et se caractérisant par plusieurs formes cliniques :
(a) forme localisée (plus fréquente)
· cutanée : lésion dermique évoluant en un à six jours d'une papule à une escarre noirâtre, toujours accompagnée d'un œdème modéré à étendu, en passant par un stade vésiculeux.
(b) formes généralisées (sporadiques)
· gastro-intestinale (digestive) : troubles abdominaux se caractérisant par des nausées, des vomissements, de l'anorexie et suivie de fièvre
· respiratoire (pulmonaire par inhalation) : phase prodromique brève ressemblant à une infection respiratoire virale aiguë, se poursuivant par une installation rapide de l'hypoxie, de la dyspnée et une forte température ; l'examen radiologique montre un élargissement de la zone médiastinale
· méningée : installation brutale d'une forte fièvre avec parfois convulsions et perte de conscience, signes et symptômes méningés.

Critères de laboratoire pour le diagnostic
Confirmation du laboratoire par au moins une des méthodes suivantes :
· isolement de Bacillus anthracis à partir d'un échantillon clinique (sang, lésions, écoulements)
· mise en évidence de B. anthracis dans un échantillon clinique au moyen de l'observation au microscope de frottis colorés de liquide vésiculaire, de sang, de liquide céphalo-rachidien, de liquide pleural, de selles
· sérologie positive (ELISA, Western blot, détection de la toxine, chromatographie, réaction d'immunofluorescence, réaction en chaîne par Polymérase).

Remarque : Il est parfois impossible de mettre en évidence B. anthracis dans les échantillons cliniques lorsque le malade a été traité avec des agents antimicrobiens.

Classification des cas
Suspect : Cas compatible avec la description clinique et lien épidémiologique avec un cas confirmé ou suspect chez un animal ou avec des produits contaminés d'origine animale.
Probable : Cas suspect présentant une réaction positive au test cutané allergologique (chez les individus non vaccinés).
Confirmé : Cas suspect confirmé par le laboratoire.

Surveillance recommandée
Il faut entreprendre une surveillance systématique, notamment chez les groupes à haut risque (personnes travaillant dans les abattoirs, bergers, vétérinaires, travailleurs de l’industrie de la laine et du cuir), et investiguer toute mort subite inexpliquée chez le bétail.
Déclaration immédiate obligatoire des cas au niveau périphérique (agents de santé ou laboratoires) auprès des niveaux intermédiaires et centraux de la santé publique, ainsi qu'au niveau approprié de la santé vétérinaire. Chaque cas doit faire l'objet d'une enquête. Notification mensuelle systématique des données cumulatives concernant les cas confirmés et les rapports d'enquêtes, du niveau intermédiaire au niveau central (santé et services vétérinaires).

Minimum d'information à recueillir
Données relatives aux cas pour l'enquête et la notification
· classification du cas par type (suspect/ probable/ confirmé) et par forme clinique (cutanée/ digestive/ respiratoire/ méningée)
· code d'identification unique, âge, sexe, données géographiques, profession
· date du début de la maladie, date de la notification
· histoire de l'exposition
· issue.

Données cumulatives à notifier au niveau central
· nombre de cas confirmés répartis par âge, sexe et forme clinique (cutanée/ gastro-intestinale/ pulmonaire (inhalation) / méningée)

Principales utilisations des données dans le processus décisionnel
Données de surveillance
· estimer l'ampleur du problème chez les humains et les animaux
· suivre la répartition et la propagation de l'infection chez les humains et les animaux
· détecter les flambées chez les humains et les animaux
· contrôler et évaluer l'impact des actions de prévention chez les humains et des mesures de lutte chez les animaux.

Données d'enquête
· identifier les populations à risque
· identifier les produits d'origine animale potentiellement contaminés

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Rage (humaine)

Justification de la surveillance
La rage est présente sur tous les continents et endémique dans la plupart des pays d'Afrique et d'Asie. Zoonose virale mortelle transmise à l'homme par contact direct (en général morsures ou griffures) avec des animaux infectés domestiques ou sauvages. On estime à plus de 40 000 le nombre annuel des décès par rage chez l'homme dans le monde, la plupart dans les pays en développement, en Asie surtout. Les estimations avancent le chiffre de dix millions de personnes devant être traitées après exposition à des animaux suspects. Il est essentiel de surveiller la rage chez l'homme et chez l'animal pour détecter rapidement les zones à haut risque ainsi que les flambées de contrôler l'utilisation du vaccin.

L'OMS encourage :
· la prophylaxie de la rage humaine par des traitements post-exposition bien ciblés et une disponibilité accrue des vaccins antirabiques modernes
· l'élimination de la maladie par la vaccination systématique des chiens et des autres animaux appartenant à des espèces-réservoirs.

Définition de cas recommandée
Description clinique
Syndrome neurologique aigu (encéphalite) dominé par des formes d'hyperactivité suivi de syndromes paralytiques, qui évolue vers le coma ; la mort survient habituellement par insuffisance respiratoire dans les 4 à 7jours suivant l'apparition des premiers symptômes en l'absence de soins intensifs. Il est en général possible de retrouver un épisode de morsure ou de griffure par un animal suspect dans les antécédents médicaux. La période d'incubation peut varier entre quelques jours et plusieurs années, mais est en général de 30 à 90 jours.

Critères de laboratoire pour le diagnostic : au moins l'un des points suivants
· détection du virus de la rage par immunofluorescence, de préférence sur du tissu cérébral (recueilli post mortem)
· détection du virus de la rage par immunofluorescence sur un frottis cutané ou cornéen (recueilli avant le décès)
· détection du virus de la rage par immunofluorescence positive après inoculation de tissu cérébral, de salive ou de LCR sur une culture cellulaire à des souris ou des souriceaux à la mamelle
· titre détectable d'anticorps antirabiques dans le LCR d'une personne non vaccinée
· identification des antigènes viraux par PCR sur du tissu fixé recueilli post mortem ou dans un échantillon clinique (tissu cérébral, peau, cornée ou salive)

Classification des cas
RAGE HUMAINE
Suspect : Cas compatible avec la description clinique.
Probable : Cas suspect ayant dans ses antécédents un contact avec un animal suspect de rage.
Confirmé : Cas suspect confirmé par le laboratoire.

EXPOSITION HUMAINE À LA RAGE
Exposition possible : Personne ayant eu un contact rapproché (morsure ou griffure) avec un animal sensible à la rage dans une région infectée ou qui en provient. Exposition : Personne ayant eu un contact rapproché (en général une morsure ou une griffure) avec un animal dont la rage a été confirmée par le laboratoire

Surveillance recommandée
SURVEILLANCE DANS LA POPULATION HUMAINE :
Surveillance des expositions de l'homme à la rage : Au niveau périphérique dans les régions infectées par la rage, une enquête doit être entreprise dès qu’on signale une personne ayant été en contact (morsure ou griffure) avec un animal ; si nécessaire, le traitement devra être instauré en urgence. Le niveau périphérique notifiera régulièrement les niveaux intermédiaire et central les données relatives aux cas et les données cumulatives.

Surveillance des cas de rage humaine : Notification immédiate des cas suspects et confirmés, du niveau périphérique (médecins posant le diagnostic et laboratoire) vers les niveaux intermédiaire et central. Il faut établir un échange rapide de l’information avec les services chargés de la surveillance et de la lutte antirabique chez l'animal.

Enquête épidémiologique sur les flambées : Enquête sur tous les foyers de rage, identification des sources de l'infection ainsi que des êtres humains ou des animaux avec exposition possible ou avérée.

SURVEILLANCE DE LA POPULATION ANIMALE (LUTTE ÉPIZOOTIQUE) :
Surveillance (laboratoires) de la rage animale et pathologies similaires dans les espèces sauvages et domestiques qui sont les réservoirs les plus vraisemblables de la maladie là où elle est endémique ou susceptible d'être réintroduite. Soumission immédiate des échantillons cérébraux d'animaux suspects au laboratoire, en cas d'exposition chez l'homme. Les animaux domestiques suspects à l'origine d'une exposition humaine et que l'on ne peut tuer doivent être gardés 10 jours en observation. Échange rapide d’information avec les services chargés de la surveillance et de la lutte antirabique chez l'animal.

Minimum d'informations à recueillir
EXPOSITION HUMAINE À LA RAGE :
Données relatives aux cas : code d'identification unique, nom, âge, informations géographiques, date(s) des morsures ou griffures, lieu du/des épisodes de morsures ou griffures, catégorie d'exposition, traitement local de la blessure, antécédents vaccinaux, sérothérapie antérieure, traitement, issue ; détails sur l'animal mordeur, antécédents vaccinaux, issue.

Données cumulatives à notifier : expositions en fonction des informations géographiques sur les morsures, les animaux mordeurs, l'issue chez l'homme et l'animal.

SURVEILLANCE DES DÉCÈS PROVOQUÉS PAR LA RAGE CHEZ L’HOMME :
code d'identification unique, nom, âge, informations géographiques, date d'installation des symptômes, date(s) des morsures ou griffures, informations géographiques sur le lieu du ou des épisodes de morsures/ griffures, site corporel mordu, nature de la morsure, traitement local de la plaie, antécédents vaccinaux, sérothérapie antérieure, hospitalisation, détails du traitement, issue, détails sur l'animal mordeur, échantillons prélevés, résultats de l'analyse.

Principales utilisations des données dans le processus décisionnel
· détecter les flambées dans les zones d'endémie et les nouveaux cas dans celles qui ne connaissent pas la rage
· déterminer les zones à haut risque pour les interventions
· rationaliser l'utilisation des vaccins et des immunoglobulines
· évaluer l'efficacité des interventions (réservoirs animaux et populations humaines exposées).

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